La protection des femmes et des filles au cœur de l’action publique au Bénin : enseignements de la présentation de l’Institut National de la Femme en marge de la 89e session ordinaire de la CADHP (Dakar, 2026)

La délégation du RFLD et d'EAH Bien-Être avec les autorités, Dakar, 13 octobre 2026

Adandé Barthélémy OTOLORIN

ONG Environnement et Actions Humanitaires pour le Bien-Être (EAH Bien-Être), Adjarra, Ouémé, Bénin
Contact : adandeotolorin@gmail.com

Dakar, le 13 octobre 2026

Résumé

Cet article rend compte de la présentation des activités de l’Institut National de la Femme (INF) du Bénin sur la période 2021-2026, tenue à Dakar le 13 octobre 2026 en marge de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et du 40e anniversaire de la Charte africaine. Fondé sur une observation participante au sein de la délégation du RFLD, il retrace l’évolution institutionnelle de l’INF, son cadre juridique, son organisation en cinq pôles d’expertise et son articulation avec la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Les résultats montrent qu’un mandat juridique élargi, une réponse judiciaire effective et un ancrage territorial constituent les leviers de l’expérience béninoise. L’article en tire des implications pour les organisations de la société civile engagées dans la défense des droits des femmes et des filles.

Mots-clés : droits des femmes ; violences basées sur le genre ; Institut National de la Femme ; CRIET ; CADHP ; Charte africaine ; société civile ; Bénin

Abstract

This article reports on the presentation of the activities of Benin’s National Women’s Institute (INF) over 2021-2026, held in Dakar on 13 October 2026 alongside the 89th ordinary session of the African Commission on Human and Peoples’ Rights and the 40th anniversary of the African Charter. Based on participant observation within the RFLD delegation, it traces the INF’s institutional evolution, legal framework, five areas of expertise and its link with the CRIET special court. Findings point to an expanded legal mandate, an effective judicial response and territorial presence as the main levers of Benin’s experience, with implications for civil society organisations.

Keywords: women’s rights; gender-based violence; National Women’s Institute; CRIET; ACHPR; African Charter; civil society; Benin

1. Introduction

L’après-midi du 13 octobre 2026, à Dakar, a offert à la délégation béninoise un moment de fierté : le Bénin a présenté, devant un auditoire international, cinq années d’action de l’Institut National de la Femme (INF) en faveur des femmes et des filles. EAH Bien-Être y a pris part au sein de la délégation conduite par le RFLD.

Cette rencontre s’est tenue en marge de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). Elle coïncide avec le 40e anniversaire de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (Organisation de l’Unité africaine, 1981), texte fondateur du système africain de protection des droits humains. Le symbole est fort : quarante ans après l’entrée en vigueur de la Charte, les États viennent rendre compte de ce qu’ils font, concrètement, pour la dignité des femmes.

Envoyée en mission à Dakar sous la houlette du RFLD, notre organisation a suivi avec une attention particulière la session consacrée aux activités de l’INF du Bénin. Intitulée « Écho de la CRIET au Bénin », la présentation a mis en lumière la manière dont la protection et la promotion des femmes et des filles sont désormais placées au cœur de l’action publique béninoise.

Cet article poursuit un double objectif : documenter les principaux contenus de cette présentation, et en dégager des enseignements utiles aux acteurs de la société civile béninoise et ouest-africaine.

2. Cadre et méthodologie

Le présent travail repose sur une observation participante conduite par le représentant d’EAH Bien-Être, membre de la délégation du RFLD. Les données proviennent de trois sources : la prise de notes directe pendant la session, les interventions des autorités présentes au présidium, et la consultation de documents publics relatifs à l’INF (textes juridiques, communications gouvernementales, rapports nationaux).

La session s’est déroulée en trois temps : la présentation de la Secrétaire exécutive de l’INF, madame Flore DJINOU, les échanges avec les participants, puis les allocutions des autorités. L’analyse suit cette chronologie. Elle reste descriptive et qualitative ; les données chiffrées présentées lors de la session ne sont pas reprises ici faute d’accès au support officiel.

3. Résultats

3.1. Un panel de haut niveau, une Afrique en dialogue

La session a réuni des personnalités de premier plan venues du Bénin, du Sénégal, du Niger, du Nigeria, du Maroc, de la France, du Ghana et de la Gambie, entre autres. Institutions publiques, organisations de la société civile, défenseurs des droits humains et partenaires techniques ont partagé la même table.

Au présidium figuraient notamment l’Honorable Rémy Ngoy Lumbu, ex-président de la CADHP, rapporteur spécial à la CADHP, la Secrétaire exécutive de l’Institut National de la Femme du Bénin et le Président de la Commission béninoise des droits de l’homme (CBDH), M. IMOROU, Professeur à l’Université d’Abomey-Calavi / Bénin. Leur présence conjointe à Dakar dit beaucoup de la cohérence de la démarche béninoise : l’institution chargée des femmes et l’institution nationale des droits de l’homme parlent d’une même voix.

Pour les participants venus d’autres pays, l’intérêt était clair : comprendre comment un État ouest-africain a doté la protection des femmes d’une institution dédiée, d’un arsenal juridique renforcé et d’une réponse judiciaire effective. Pour la délégation béninoise, c’était l’occasion de montrer que ces réformes produisent déjà des résultats.

Le présidium de la séance consacrée à l'Institut National de la Femme du Bénin, Dakar, 13 octobre 2026

Figure 1. Le présidium : le rapporteur, la Secrétaire exécutive de l’INF et le Président de la CBDH. Source : EAH Bien-Être.

3.2. L’Institut National de la Femme : cinq ans au service des femmes et des filles

La Secrétaire exécutive de l’INF, madame Flore DJINOU a structuré son exposé en trois temps : le Bénin, l’histoire de l’Institut, puis ses missions et son organisation. Une démarche pédagogique qui a permis à un public venu de plusieurs pays de saisir le contexte avant d’entrer dans le détail des actions.

3.2.1. Le Bénin, un contexte qui appelle l’action

La présentation s’est d’abord attachée au pays lui-même. Au Bénin, les femmes représentent plus de la moitié de la population et contribuent de façon décisive à l’économie, notamment agricole et informelle. Pourtant, les violences basées sur le genre, les discriminations et la faible présence des femmes dans les instances de décision demeurent des réalités (République du Bénin, 2024). C’est sur ce constat que repose la volonté politique de doter le pays d’une institution forte.

3.2.2. De l’INPF à l’INF : une montée en puissance institutionnelle

L’histoire de l’Institut est celle d’un renforcement progressif. En 2009, un décret créait l’Institut National pour la Promotion de la Femme (INPF) (République du Bénin, 2009), organe de réflexion, d’études et de promotion placé sous la tutelle de la Présidence de la République. Son rôle restait essentiellement consultatif.

Le tournant intervient en 2021. La loi portant dispositions spéciales de répression des infractions commises à raison du sexe des personnes et de protection de la femme (République du Bénin, 2021) donne naissance à l’Institut National de la Femme dans sa forme actuelle. Son mandat est élargi : l’INF ne se contente plus d’étudier et de sensibiliser, il dispose de prérogatives juridiques et judiciaires pour défendre les victimes. La Secrétaire exécutive a retracé ce parcours jusqu’à ce jour, 13 octobre 2026.

3.2.3. Les instruments juridiques

L’exposé a ensuite présenté le cadre normatif qui fonde l’action de l’INF. Il s’appuie sur les engagements internationaux et régionaux du Bénin : la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (Organisation de l’Unité africaine, 1981) et son Protocole relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo ; Union africaine, 2003), la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF ; Nations Unies, 1979), ainsi que sur la Constitution et la législation nationale, au premier rang de laquelle la loi de 2021 (République du Bénin, 2021).

3.2.4. Une organisation en cinq pôles d’expertise

Pour remplir ses missions, l’INF s’est structuré en cinq pôles d’expertise, chacun porteur d’une compétence précise. Ensemble, ils couvrent toute la chaîne de la protection : l’écoute et l’accompagnement des victimes, l’appui juridique et le suivi des procédures, la communication et la sensibilisation du public, le suivi-évaluation des actions, ainsi que la gestion administrative et financière. Cette organisation permet de transmettre rapidement chaque cas au pôle compétent.

L’Institut renforce en outre sa présence sur le terrain par des antennes départementales et des points focaux locaux. L’objectif est simple : qu’une femme victime, où qu’elle vive au Bénin, puisse trouver un interlocuteur proche d’elle.

3.3. « Écho de la CRIET au Bénin » : la réponse judiciaire

Le titre de la présentation résume son originalité. Le Bénin a fait le choix de renforcer les attributions de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) pour connaître de certaines infractions commises à raison du sexe des personnes. Les violences faites aux femmes ne sont plus traitées comme des affaires privées : elles relèvent d’une réponse judiciaire ferme.

Dans ce dispositif, l’INF joue un rôle de passerelle. Elle accompagne les victimes, documente les dossiers et facilite leur cheminement vers les juridictions. L’Institut travaille aussi en amont avec les acteurs de la chaîne pénale. En juin 2025, par exemple, il a organisé à Pobè une clinique juridique réunissant magistrats, avocats, policiers et médecins, avec un procès fictif pour simuler la gestion de cas réels (Gouvernement du Bénin, 2025).

L’idée défendue est celle d’un véritable « réflexe INF » : que chaque professionnel en contact avec une femme victime sache vers qui l’orienter, et que la synergie entre services judiciaires et administratifs devienne la règle. Pour les délégations étrangères, cet « écho » de la CRIET a illustré une voie concrète pour lutter contre l’impunité.

Échanges avec les participants pendant la séance consacrée à l'Institut National de la Femme du Bénin

Figure 2. Échanges avec les participants pendant la séance de questions. Source : EAH Bien-Être.

3.4. Les allocutions des autorités

Dans leurs interventions, l’Honorable rapporteur et le Président de la CBDH ont tenu à adresser leurs félicitations au RFLD et à toute sa délégation venue du Bénin. Un message simple, mais lourd de sens : il salue l’engagement d’un réseau de femmes leaders qui fait entendre la voix de la société civile béninoise dans les grands rendez-vous africains des droits humains.

Prenant la parole, la Directrice pays du RFLD au Sénégal a exprimé sa fierté de voir ces autorités aux côtés du réseau. Elle a salué le coordonnateur de toute l’équipe pour la brillante conduite du panel, qui a permis des échanges fluides et riches entre intervenants et participants.

La séance s’est poursuivie avec le discours de Madame la Directrice de la Famille du Sénégal, représentant la Ministre de la Famille. Sa présence a souligné l’intérêt du pays hôte pour l’expérience béninoise et la volonté commune de faire progresser, ensemble, les droits des femmes et des filles dans la sous-région.

La délégation du RFLD et d'EAH Bien-Être avec les autorités, Dakar, 13 octobre 2026

Figure 3. La délégation du RFLD et d’EAH Bien-Être avec les autorités. Source : EAH Bien-Être.

4. Discussion : enseignements pour la société civile

Pour notre ONG, basée à Adjarra dans le département de l’Ouémé, cette participation est à la fois un honneur et une école. Nous repartons de Dakar avec plusieurs enseignements.

  • Une institution forte change la donne. Le passage de l’INPF à l’INF montre qu’un mandat clair et des prérogatives juridiques transforment une structure de plaidoyer en véritable outil de protection.
  • La justice est un maillon décisif. L’articulation entre l’INF et la CRIET prouve que la lutte contre les violences faites aux femmes passe aussi par la fin de l’impunité.
  • La proximité compte. Les antennes départementales et les points focaux rappellent que les droits n’ont de sens que s’ils sont accessibles aux femmes des communes et des villages.
  • La société civile a toute sa place. Les organisations de terrain comme la nôtre sont souvent le premier contact des femmes et des filles en détresse. Elles doivent connaître le « réflexe INF » et le relayer.

4.1. Implications et engagements d’EAH Bien-Être

Fort de cette expérience, EAH Bien-Être entend partager ces acquis avec les communautés qu’elle accompagne dans l’Ouémé. Nous comptons renforcer l’information des femmes et des filles sur leurs droits et sur les voies de recours existantes, et orienter les victimes vers les services de l’INF. Nous poursuivrons aussi, aux côtés du RFLD, le plaidoyer pour que les engagements de la Charte africaine se traduisent dans la vie quotidienne.

Le représentant d'EAH Bien-Être au sein de la délégation du RFLD à Dakar

Figure 4. Le représentant d’EAH Bien-Être au sein de la délégation. Source : EAH Bien-Être.

5. Conclusion

EAH Bien-Être fait ainsi son petit chemin de bonheur avec le RFLD dans la préservation des droits de la femme et de la fille. Quarante ans après la Charte africaine, le chemin reste long, mais Dakar nous a rappelé une évidence : lorsque l’État, les institutions nationales des droits de l’homme et la société civile avancent ensemble, la dignité des femmes progresse.

Références bibliographiques

GOUVERNEMENT DU BÉNIN, 2025, « Clinique juridique innovante à Pobè : l’Institut National de la Femme intensifie la lutte contre les violences basées sur le genre », gouv.bj, https://www.gouv.bj/article/3126/.

NATIONS UNIES, 1979, Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), New York, Nations Unies.

ORGANISATION DE L’UNITÉ AFRICAINE, 1981, Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, Nairobi, Organisation de l’Unité africaine (entrée en vigueur le 21 octobre 1986).

RÉPUBLIQUE DU BÉNIN, 2009, Décret n° 2009-728 portant création, attributions, organisation et fonctionnement de l’Institut National pour la Promotion de la Femme, Cotonou, Secrétariat général du Gouvernement, https://sgg.gouv.bj/doc/decret-2009-728/download.

RÉPUBLIQUE DU BÉNIN, 2021, Loi n° 2021-11 du 20 décembre 2021 portant dispositions spéciales de répression des infractions commises à raison du sexe des personnes et de protection de la femme en République du Bénin, Cotonou, Journal officiel.

RÉPUBLIQUE DU BÉNIN, 2024, Rapport national de la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing (Beijing+30), New York, ONU Femmes, https://unwomen.org/sites/default/files/2024-09/b30_report_benin_fr.pdf.

UNION AFRICAINE, 2003, Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo), Maputo, Union africaine.

Note sur l’auteur

Adandé Barthélémy OTOLORIN est chargé des programmes de l’ONG EAH Bien-Être et membre de la délégation du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD) à la 89e session ordinaire de la CADHP.

Note sur l’organisation

L’ONG Environnement et Actions Humanitaires pour le Bien-Être (EAH Bien-Être), dont le siège est à Adjarra (Ouémé, Bénin), œuvre pour l’environnement, l’action humanitaire et la promotion des droits humains, en particulier ceux des femmes et des filles. Elle est l’ONG sœur du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD), présent au Bénin, au Sénégal, au Ghana, en Gambie et aux États-Unis.

Citation recommandée : OTOLORIN Adandé Barthélémy, 2026, « La protection des femmes et des filles au cœur de l’action publique au Bénin : enseignements de la présentation de l’Institut National de la Femme en marge de la 89e session ordinaire de la CADHP (Dakar, 2026) », Adjarra, ONG EAH Bien-Être et RFLD.

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