À l’heure où le numérique occupe une place centrale dans la communication, l’information, le plaidoyer et la mobilisation citoyenne, la capacité des organisations de la société civile à évoluer dans un environnement numérique sécurisé devient un enjeu essentiel. Au Bénin comme dans plusieurs pays africains, les associations, défenseurs des droits humains, journalistes, militants et acteurs communautaires utilisent quotidiennement les réseaux sociaux, les messageries électroniques et les plateformes numériques pour informer les populations, porter leurs revendications et participer au débat public.
Cette transformation crée cependant de nouvelles vulnérabilités. Vol de comptes, hameçonnage, usurpation d’identité, diffusion de fausses informations, cyberharcèlement, perte de données ou encore exposition d’informations personnelles peuvent fragiliser les organisations et compromettre leur travail. Le premier rapport national béninois consacré aux vulnérabilités et incidents numériques, couvrant la période 2021-2024, souligne justement l’importance de renforcer la sécurité des systèmes d’information face à l’évolution des risques numériques.

Le numérique, un nouvel espace d’action pour la société civile
La transformation numérique a profondément changé la manière dont les organisations de la société civile travaillent. Une association peut aujourd’hui sensibiliser des milliers de personnes à travers les réseaux sociaux, organiser une campagne en ligne, recueillir des témoignages, documenter des violations de droits ou mobiliser rapidement une communauté. Le numérique constitue donc un véritable espace civique : il permet à des voix qui étaient autrefois peu visibles de s’exprimer, de créer des réseaux et de participer aux processus démocratiques.
Mais cet espace doit être protégé. Une organisation qui perd l’accès à sa messagerie, à son compte Facebook ou à sa base de données peut subir des conséquences importantes. Pour les défenseurs des droits humains, les journalistes et les organisations engagées sur des sujets sensibles, une faille de sécurité peut également exposer des personnes accompagnées, des sources ou des partenaires.
Le rapport Londa sur les droits numériques et l’inclusion au Bénin souligne d’ailleurs que les organisations de la société civile, les journalistes et les citoyens utilisent largement les outils numériques pour s’informer, communiquer et défendre les droits humains, tout en faisant face à des défis liés à la sécurité, à la protection des données et à l’exercice des libertés numériques.
La résilience numérique : aller au-delà de la cybersécurité
Renforcer la résilience numérique ne consiste pas uniquement à installer un antivirus ou à utiliser un mot de passe complexe. Il s’agit de développer une véritable culture de sécurité au sein des organisations. Une organisation résiliente doit être capable de prévenir les risques, détecter les menaces, réagir rapidement lorsqu’un incident survient et reprendre ses activités après une attaque.
Cela suppose notamment de former les membres des organisations à reconnaître les tentatives de phishing, à sécuriser leurs comptes, à utiliser l’authentification à plusieurs facteurs, à protéger les documents sensibles et à effectuer régulièrement des sauvegardes.

La formation est donc l’un des moyens les plus importants pour réduire les vulnérabilités humaines. Au Bénin, le dispositif national de cybersécurité accorde également une place importante au renforcement des capacités et à la réponse aux incidents. Le bjCSIRT, par exemple, intervient dans la protection et la réponse aux incidents de sécurité informatique et développe également des activités de formation.
EAH-Bien Être, un acteur engagé dans le renforcement des capacités
C’est dans cette dynamique que s’inscrit le travail de l’ONG Environnement et Actions Humanitaires pour le Bien-Être (EAH-Bien Être). À travers le projet « Garantir les droits numériques et renforcer la résilience de l’espace civique africain », EAH-Bien Être contribue à placer la sécurité numérique au cœur du travail des acteurs de la société civile.
L’organisation met particulièrement l’accent sur la formation, la sensibilisation et le renforcement des capacités des acteurs afin qu’ils puissent mieux comprendre les risques auxquels ils sont exposés et adopter des pratiques numériques plus sûres. La formation consacrée à la « Résilience numérique & collaboration entre les acteurs de la démocratie numérique » s’inscrit précisément dans cette approche : elle permet de créer un cadre d’apprentissage et d’échange autour des enjeux liés à la sécurité numérique, aux droits numériques et à la protection de l’espace civique.
L’objectif n’est pas seulement de transmettre des connaissances techniques. Il s’agit également de permettre aux participants de comprendre que la sécurité numérique est une responsabilité collective. Chaque membre d’une organisation peut constituer un point d’entrée potentiel pour une attaque, mais chaque membre peut également devenir un acteur de la protection de l’organisation.
Protéger les données pour protéger les personnes

La question des données personnelles occupe une place centrale dans la résilience numérique. Les organisations de la société civile manipulent souvent des informations concernant leurs membres, bénéficiaires, partenaires et communautés. Une mauvaise gestion de ces informations peut exposer les personnes concernées à des risques importants.
Il est donc nécessaire d’adopter des pratiques simples mais essentielles : limiter l’accès aux informations sensibles, utiliser des mots de passe robustes, sécuriser les appareils, effectuer des sauvegardes et réfléchir avant de partager des informations personnelles sur les plateformes numériques. Au Bénin, le Code du numérique constitue notamment un cadre juridique important pour les communications électroniques, la protection des données et la cybersécurité.
La collaboration, une condition de la résilience
Une autre dimension importante du projet porté par EAH-Bien Être concerne la collaboration entre les acteurs de la démocratie numérique. Face aux cybermenaces, aucune organisation ne peut agir seule. Les associations, médias, défenseurs des droits humains, experts en cybersécurité, institutions publiques et partenaires techniques doivent pouvoir échanger leurs expériences, partager les alertes et développer des mécanismes de soutien.
Cette collaboration permet notamment d’éviter que chaque organisation soit confrontée isolément aux mêmes difficultés. Elle favorise également l’émergence d’une communauté d’acteurs capables de mieux anticiper les risques et de réagir collectivement aux incidents numériques — une approche qui rejoint les orientations nationales considérant la cybersécurité comme un enjeu transversal nécessitant la mobilisation de différents acteurs de l’écosystème numérique.
Faire du numérique un espace plus sûr et plus inclusif

La résilience numérique doit également être pensée sous l’angle de l’inclusion. Les femmes, les jeunes, les personnes vulnérables et les acteurs communautaires doivent pouvoir bénéficier des connaissances et des outils nécessaires pour participer pleinement à l’espace numérique. Former ces différents groupes revient donc à renforcer leur capacité à prendre la parole, à défendre leurs droits et à participer aux processus démocratiques.
La transformation numérique de l’Afrique ne pourra véritablement contribuer au développement et à la démocratie que si elle s’accompagne d’une culture de sécurité, de responsabilité et de respect des droits fondamentaux. La Déclaration de Cotonou sur la transformation digitale en Afrique de l’Ouest et du Centre insiste d’ailleurs sur l’importance de renforcer la cybersécurité, la protection des données et les compétences numériques afin de bâtir la confiance dans les services numériques.
Construire une société civile plus forte face aux défis numériques
Le renforcement de la résilience numérique est donc bien plus qu’une question technique. Il touche directement à la capacité des organisations de la société civile à poursuivre leur mission, à protéger leurs communautés et à défendre les droits humains.
À travers ses actions de formation et de sensibilisation, EAH-Bien Être contribue à faire émerger une société civile mieux informée, plus vigilante et mieux préparée face aux risques numériques. Son engagement participe à la construction d’un espace civique dans lequel les acteurs peuvent utiliser les technologies numériques sans négliger les impératifs de sécurité, de confidentialité et de protection des droits.
L’enjeu est désormais de poursuivre cette dynamique : multiplier les formations, renforcer les réseaux entre acteurs et intégrer durablement la sécurité numérique dans le fonctionnement quotidien des organisations.
Renforcer la résilience numérique, c’est finalement protéger les personnes, les organisations et les valeurs démocratiques qu’elles défendent. Dans un contexte où le numérique devient incontournable pour l’action citoyenne, investir dans les compétences, la coopération et la sécurité constitue une condition essentielle pour garantir un espace civique africain plus libre, plus inclusif et plus résilient.
Ensemble pour le bien-être et le développement durable.


